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LUTETIA – ASM Lavacourt 4 au 6 avril 2026

Régate de la Lutetia 2026 : une entrée en matière festive et engagée

Dès notre arrivée, vendredi soir à 19h30 sur le site de Moisson-Lavacourt, le ton était donné : la régate de la Lutetia ne serait pas seulement une compétition, mais une véritable fête de la voile.

À peine descendus des voitures, nous sommes immédiatement happés par l’accueil exceptionnel de l’équipe de l’AS Mantaise. Sourires, chaleur humaine… et surtout leur incontournable punch maison, servi sans attendre. Une tradition qui, disons-le franchement, mérite sa réputation. Ce moment convivial marquait aussi une occasion spéciale : l’anniversaire de Mathias du président du club, célébré dans une ambiance aussi simple que chaleureuse.

Très vite, la salle s’anime autour de la désormais célèbre auberge espagnole, devenue un rituel incontournable du circuit. Chacun y va de sa contribution, tandis que le club complète généreusement avec apéritifs et bières. Les discussions fusent, les retrouvailles s’enchaînent, et les échanges entre concurrents donnent le ton d’un week-end placé sous le signe du partage et de la passion commune. Une soirée parfaitement réussie, où la compétition semble encore loin… mais déjà présente dans tous les esprits.

Le lendemain matin, place aux choses sérieuses. Le plan d’eau s’éveille doucement sous l’agitation des équipages. C’est le ballet bien connu des jours de régate : mâtage, grutage pour certains, mise à l’eau pour d’autres, réglages minutieux des voiles… Chaque geste compte pour être prêt au moment décisif. Une préparation appliquée, presque rituelle, sous l’œil attentif du président du comité de course, dont il faut souligner dès à présent la qualité irréprochable du travail de Paule Marie tout au long de l’épreuve.

À 14h, la flotte rejoint la zone de départ. Difficile, en tant que coureur, de livrer une lecture exhaustive de l’ensemble du plan d’eau pour en faire un compte rendu complet — l’attention restant naturellement focalisée sur mon propre bateau — mais un constat s’impose immédiatement : la participation est au rendez-vous, avec 24 bateaux engagés.

La flotte 24 bateaux est largement dominée par les Micros, avec une belle présence de Neptune — pas moins de sept unités — suivis des Corsair (qui, pour certains, restent définitivement dans la famille des Micros !). On retrouve également des Flyers, un Proto et un Jouët, composant un ensemble hétérogène mais particulièrement dynamique.

Les conditions de cette première journée offrent un terrain de jeu aussi exigeant qu’intéressant : un vent soutenu mais extrêmement irrégulier, oscillant entre 5 et 8 nœuds dans les molles, et jusqu’à 15-18 nœuds dans les rafales, avec des bascules de direction pouvant dépasser les 20 degrés. De quoi mettre à l’épreuve la lecture du plan d’eau et la réactivité des équipages.

Sur la première manche, nous réussissons un excellent départ, franchissant la ligne bâbord amure avec une avance confortable sur les tribords, et surtout sans jamais se mettre en danger. Une situation idéale qui, combinée à un bateau performant, simplifie considérablement la suite : en tête de flotte, les choix tactiques deviennent plus lisibles, les trajectoires plus fluides… et les décisions souvent payantes.

Derrière, la bagarre fait rage. Un autre Neptune, SPEEDY GONZALES, se montre particulièrement solide et s’empare de la deuxième place. TOUPIDEK, juste derrière nous sur l’eau, ne parvient cependant pas à sauver son rating face à plusieurs concurrents, preuve que rien n’est jamais acquis dans une flotte aussi dense.

La hiérarchie se précise dès les premières manches, mais la flotte réserve déjà quelques surprises. À la troisième place de cette première course, LIEVRE DE MARS, le Corsair, vient rappeler que les outsiders ont leur mot à dire et qu’il faudra compter avec eux tout au long du week-end.

La deuxième manche confirme immédiatement la tendance : des conditions toujours aussi instables, avec un vent irrégulier, parfois soutenu à la limite du contrôlable. Par moments, les rafales sont si violentes que les grandes voiles faseyent brutalement, obligeant les équipages à des ajustements constants. Il faut être réactif, lucide, et surtout ne rien lâcher.

En tête de flotte, la bataille devient intense. MICRO ONDE et IZNOGOUD se livrent un duel sans merci, naviguant au coude à coude, chaque virement, chaque risée pouvant faire basculer le classement. Dans cette confrontation, ALISA joue les arbitres, venant troubler le jeu et redistribuer les cartes dans cette lutte à trois particulièrement engagée.

La troisième course voit IZNOGOUD reprendre l’ascendant, s’imposant devant SPEEDY GONZALES et le Flyer SOMNIUM, confirmant la montée en puissance de certains équipages capables de tirer leur épingle du jeu dans ces conditions piégeuses.

Pendant ce temps, un peu en retrait mais tout aussi spectaculaire, une autre bataille fait rage : celle des Corsair. LIEVRE DE MARS, PRIZDAIR et MORLO s’affrontent bord à bord dans une lutte acharnée. Les écarts sont minimes, les trajectoires millimétrées… un vrai régal à observer, tant l’engagement est total entre ces trois bateaux.

La quatrième manche vient encore rebattre les cartes. MICRO ONDE s’impose cette fois, devant SPEEDY GONZALES et SOMNIUM, dans une course où la régularité commence à peser lourd dans le classement général.

Et puis, il y a ces moments qui font aussi le sel de la régate… IZNOGOUD, solide jusque-là, va vivre une mésaventure aussi inattendue que mémorable. Alors que le parcours prévoit deux tours, une confusion s’installe à bord au passage de la première marque.

« Oh Patrick, c’est l’arrivée, c’est l’arrivée ! »

Ni une ni deux, le génois est affalé, l’équipage relâche la pression… et savoure presque l’effort accompli. Un peu de fatigue, sans doute, après des manches déjà bien engagées. Sauf que non. La course continue.

Le bateau se retrouve alors… à l’arrêt, au milieu du plan d’eau, pendant que le reste de la flotte poursuit sa route.

Une erreur aussi rare qu’humaine, qui rappelle que même les plus concentrés peuvent se laisser piéger. Avec humour, le constat tombe : il va falloir réviser la numérotation. Peut-être un petit passage par la maternelle au retour — avec un professeur à domicile tout trouvé — pour être sûr de compter correctement jusqu’à deux… voire dix !

Résultat : cette manche ne sera pas terminée, laissant filer de précieux points.

Mais dans une régate comme la Lutetia, rien n’est jamais joué…

Après une journée aussi intense sur l’eau, le retour à terre marque un changement de rythme… mais certainement pas une baisse d’intensité. Car le samedi soir, à la Lutetia, c’est une véritable institution : la grande fête.

Et une fois encore, le club a vu les choses en grand. Très grand. Dès l’apéritif, les visages se détendent, les anecdotes de la journée fusent, (Qui sait compter jusqu’à 2 ?) et le désormais incontournable — que l’on peut sans hésiter rebaptiser le « punch de l’ASM » — coule à flots. Toujours aussi généreux, toujours aussi savoureux, il accompagne à merveille les amuse-gueules partagés dans une ambiance chaleureuse et conviviale.

Mais le moment fort de la soirée arrive avec le repas. Et quel repas ! Deux immenses poêlées trônent fièrement, diffusant des parfums irrésistibles : au menu, un rougail saucisse tout simplement exceptionnel. Un plat préparé avec soin, gourmand, authentique… et surtout unanimement salué par l’ensemble des participants.

La suite est à la hauteur : des plateaux de fromages dignes d’un restaurant viennent prolonger le plaisir, avant de conclure sur une farandole de gâteaux qui achèvent de combler les appétits les plus solides.

Ce qui rend cette soirée encore plus remarquable, c’est que tout — absolument tout — a été préparé par les membres du club eux-mêmes. Pas de traiteur cette année, mais une implication totale des bénévoles, dont il faut saluer ici le travail et la générosité. Un immense bravo à eux : ils ont largement contribué à faire de cette soirée un moment fort du week-end.

Et comme souvent dans ce genre d’événement, certains ne sont pas pressés de voir la nuit s’achever. Les discussions se prolongent, les rires résonnent encore… autour d’un dernier verre. Ou plutôt de quelques verres supplémentaires.

Car il faut bien évoquer, pour les connaisseurs, le fameux rhum arrangé dont Matthias a le secret. Oui, le secret. Une spécialité qui, à elle seule, suffit à faire durer la soirée bien au-delà du raisonnable… pour le plus grand plaisir de tous.

Une parenthèse hors du temps, où la compétition laisse place à la camaraderie, avant de replonger, dès le lendemain, dans le rythme soutenu de la régate.

Dimanche : entre rebondissements et derniers efforts

Après une nuit plus ou moins réparatrice selon les équipages — courte pour certains, franchement fraîche pour d’autres ayant dormi dans leur véhicule avec des températures descendant jusqu’à 3°C — tout le monde se retrouve à 10h30, prêt à repartir au combat pour cette deuxième journée de régate.

Et dès le départ, le ton est donné.

Les premières secondes sont tendues : un Corsair, un peu débordé par les événements, vient s’abattre de manière désordonnée dans notre zone. Un rappel est lancé… difficile à identifier sur l’instant. Le doute s’installe à bord. Par précaution, nous décidons de revenir sous la ligne pour repartir proprement. Une manœuvre coûteuse : nous mettrons un temps considérable à nous relancer, pour finalement franchir la ligne… bons derniers.

Devant, en revanche, le spectacle est limpide. MICRO ONDE s’échappe littéralement, imposant son rythme dès les premiers bords. Derrière, SPEEDY GONZALES et ALISA s’installent dans le match, fidèles à leur régularité depuis le début du week-end. SOMNIUM, très à l’aise dans ces conditions, pointe également aux avant-postes dès le premier près.

Depuis l’arrière de la flotte, la lecture de course change complètement. Le regard s’élargit, les opportunités apparaissent autrement. On observe, on analyse… et on capitalise sur les erreurs des autres. Progressivement, IZNOGOUD entame une belle remontée, grappillant place après place pour finalement revenir à hauteur des premiers et terminer derrière MICRO ONDE et SPEEDY GONZALES. Une course solide, construite avec patience et lucidité.

Mais la fatigue commence à se faire sentir. Les automatismes sont là, mais l’énergie diminue, et l’attention portée à l’ensemble du plan d’eau s’effrite. Difficile, dans ces conditions, d’avoir une vision complète de toutes les batailles en cours pour terminer ce compte rendu.

Ce que l’on retient néanmoins, c’est la très belle fin de journée de IZNOGOUD, qui s’adjuge les trois dernières manches, confirmant une montée en puissance impressionnante. De son côté, TOUPIDEK le seul proto réalise également une performance remarquable avec deux places de deuxième, au terme de courses extrêmement disputées. À tel point que certains écarts ne se jouent à rien : à un moment, seulement dix secondes séparent deux concurrents à l’arrivée… de quoi laisser quelques regrets — et peut-être un peu de frustration du côté de Marie.

Les quatre manches du jour se courent, une fois encore, dans des conditions musclées : vent soutenu, rafales marquées, oscillations permanentes. Un véritable test d’endurance et de lucidité pour tous les équipages.


Derniers instants : patience… puis clap de fin

Le soir venu, l’ambiance reste fidèle à la réputation de la classe Micro : chaleureuse, simple, et profondément conviviale. Le punch — encore lui — est de sortie, et personne ne semble vraiment savoir combien de litres ont été préparés pour le week-end… mais une chose est sûre : il n’en reste pas beaucoup.

La soirée se termine autour d’une nouvelle auberge espagnole, dans la continuité parfaite de l’esprit qui anime cette régate : partage, échanges, et bonne humeur.

Le lendemain matin, pourtant, le décor change complètement.

Pour cette dernière journée, Éole se fait désirer. Le plan d’eau est figé, à peine troublé par une légère brume. L’aperçu est hissé, mais reste désespérément immobile. Les équipages attendent, espèrent, scrutent le moindre frémissement… en vain.

Le temps passe, la brume se lève doucement, mais le vent, lui, ne vient pas.

Finalement, la décision tombe : l’aperçu sur A est envoyé, signal clair et sans appel — les régates sont terminées.

Une fin un peu abrupte, mais qui a le mérite de permettre à chacun de s’organiser, notamment pour ceux ayant de la route à faire. Le matériel est rangé, les bateaux sortis de l’eau, et les remorques reprennent peu à peu la route du retour.

Une remise des prix à l’image du week-end

Pour clôturer cette belle édition, la remise des prix s’inscrit parfaitement dans la tradition du club : généreuse, conviviale et accessible à tous.

Ici, pas de laissés-pour-compte — chaque équipage est récompensé, dans un esprit fidèle à celui qui a animé toute la régate. Un moment de partage où les performances sont saluées, mais où la participation et l’engagement le sont tout autant.

Ce temps fort est aussi marqué par la remise du Challenge Neptune 2025, attribué aux deux premiers Neptune présents sur cette édition. À ce jeu-là, IL FURIOSO second et IZNOGOUD premierse distinguent, venant récompenser leur régularité et leur implication dans la série.

La clôture se fait, comme il se doit, en douceur. Exit le punch et le rhum arrangé : place à des saveurs plus sages, mais tout aussi appréciées après un week-end intense. Le cidre circule, les discussions se prolongent une dernière fois… accompagnées de délicieux cakes faits maison par les membres du club.

Un dernier moment simple et chaleureux, à l’image de tout ce week-end : authentique, généreux, et profondément humain.


Une édition mémorable

Cette édition 2026 de la régate de la Lutetia aura tenu toutes ses promesses : du vent, du jeu, des rebondissements… et surtout une ambiance exceptionnelle, à terre comme sur l’eau.

Entre l’intensité des manches, les conditions exigeantes, les performances marquantes de certains équipages, et l’investissement remarquable du club et de ses bénévoles, ce week-end restera sans aucun doute dans les mémoires.

Une chose est sûre : on reviendra.

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